La Chronique Agora

 
Tout fiche le camp

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La Chronique Agora
Paris, France
Mercredi 26 Novembre 2008
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*** Le TARP passe à la trappe...
... vive le TALF !

*** Combien de dollars pour le rebond du Dow Jones ?
Le point d'indice devient de plus en plus cher

*** Tout fiche le camp
Les investissements, les stratégies, les civilisations... et l'univers aussi

*** HENRY, idéal contribuable
C'est sur lui que repose la consommation US

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Bonjour,

*** LE TARP PASSE A LA TRAPPE...

** L'euro progresse de 1% face au dollar... Wall Street hésite puis repart à la hausse pour une troisième séance d'affilée, une grande première depuis le 10 septembre... les marchés obligataires regagnent du terrain... l'or en reperd... Si l'arrière-plan économique n'était pas aussi extravagant et potentiellement catastrophique, tous les éléments seraient réunis pour diagnostiquer une bonne séance de continuation de la tendance haussière.

Sauf que rien n'est moins assuré que la poursuite de cette embellie dans des marchés à la merci de la moindre révision à la baisse des estimations des bénéfices. C'est en tout cas ce qu'a démontré le trou d'air de -15% dont fut victime AXA mardi matin sur un profit warning concernant 2008 puis l'abaissement de ses objectifs de croissance à l'horizon 2011.

Ceci posé, il apparaît tout de même assez paradoxal de voir le CAC 40 perdre 50% l'année même où un montant record de 98 milliards d'euros de dividendes sera versé aux actionnaires. Même en imaginant une chute de 30% en 2009 (le consensus des analystes table plutôt sur une hypothèse de -12% à -15% -- hors banques dont les profits ont chuté de 98% en 2008), les valeurs françaises apparaissent faiblement valorisées.

S'agissant des taux longs américains, un rendement de 3,13% (mardi soir) sur des T-Bonds de maturité 2018, cela signifie l'anticipation d'une inflation nulle au cours des 10 prochaines années : le genre d'hypothèse qui ne recueillerait pas 2% de supporters dans le cadre d'un sondage réalisé à la sortie du NYSE façon micro-trottoir.

Vous le constatez, quelque chose est allé trop loin dans le registre de la "fuite vers la liquidité" et l'aversion au risque, notamment celui associé aux actions.

** Mais comment ne pas frissonner aux dernières déclarations de Jack Welch (l'ex-CEO légendaire de General Electric) ? Il préconise, sans s'éponger le front ni s'éclaircir la gorge, le dépôt de bilan des constructeurs automobiles américains et la reconversion de 850 000 salariés dans la fabrication de panneaux solaires ou de moteurs et de pales d'éoliennes (histoire de continuer à faire tourner les presses et les chaînes de montage).

"L'épisode sera un peu douloureux", admet-il, "mais salutaire car les difficultés de General Motors (ou de Chrysler) ne remontent pas aux années 80 (arrivée des Japonais sur le sol américain) ou 2004/2007 (avec la flambée du pétrole) : le géant de Détroit perd des parts de marchés depuis le début des années 60... Alors que General Electric (naturellement) n'a cessé d'en gagner depuis cette période".

Nous n'aurons pas l'outrecuidance de demander à Neutron Jack (l'homme qui détruisait les salariés sans abîmer les usines : l'écrémage systématique des 20% d'employés les moins bien notés, c'est lui !), pourquoi il se montre si critique envers GM qui avait fini par baser sa rentabilité sur le succès de sa division crédit (GMAC)... alors que GE s'était lancé sous sa houlette dans le crédit auto, la location longue durée et la gestion de flotte à la fin des années 90.

** La grande nouvelle -- un véritable électrochoc pour les investisseurs -- d'hier, ce fut justement l'annonce d'un plan de soutien massif au secteur du crédit aux Etats-Unis. La Fed et le Trésor américain mettent le paquet : les 325 milliards de dollars alloués à Citigroup la veille font presque pâle figure en regard des 800 milliards de dollars dédiés à un fonds de garantie en faveur de l'industrie du crédit au sens large.

Pas moins de 600 milliards de dollars seront mobilisés pour la garantie de MBS adossés à l'immobilier ; cela concerne principalement les créances hypothécaires détenues par Fannie Mae, Freddie Mac et Ginnie Mae. Parallèlement, 200 milliards de dollars seront consacrés à la garantie des ABS liés au crédit à la consommation.

Ce nouveau projet sera baptisé TALF, acronyme de Term Asset (Backed Securities) Loan Facility... Il a vocation à éclipser le phénoménal fiasco du TARP (Troubled Assets Rescue Plan) voté dans la douleur et la confusion par le Congrès américain il y a tout juste six semaines.

Henry Paulson, qui venait présenter à la presse ce nouveau package, a prévenu les marchés qu'il serait "naïf" de penser que les différentes mesures en cours de mise en oeuvre suffiront à relancer l'économie américaine et à éviter une récession. Des moments très difficiles s'annoncent d'ici 2009.

** Des propos pessimistes étayés par les prévisions peu encourageantes de l'OCDE : l'organisme a indiqué qu'il visait désormais un PIB en baisse de 0,4% dans les pays développés en 2009, avant qu'un timide rebond de 1,5% se dessine l'année suivante -- et encore, pas partout, loin s'en faut.

Les Etats-Unis devraient accuser un repli de leur PIB de 0,9% l'an prochain, avant de progresser de 1,6% en 2010. Le PIB du troisième trimestre 2008 est révisé à -0,5% contre -0,3% en première estimation.

L'activité dans la Zone euro devrait ralentir de 0,6% en 2009 (et de -0,4% en France) et ne se redressera que de 1,2% en 2010... Ce sera pire pour le Japon, en récession de -0,1% en2009 et qui ne progresserait que de 0,6% en 2010.

Le nombre de chômeurs dans les pays étudiés par l'OCDE pourrait flamber : huit millions supplémentaires, ce qui porterait le total à 42 millions contre 34 actuellement.

Face à de telles perspectives, la plupart des pays du Vieux Continent (à l'exception de l'Allemagne) et de l'Amérique du Nord s'apprêtent à mettre en oeuvre d'ambitieux plans de relance mettant à mal les équilibres budgétaires, de telle sorte que Bruxelles devrait autoriser le dépassement des 3% de déficit prescrits par les critères de Maastricht -- ce dont les marchés s'accommoderaient fort bien.

La France et l'Allemagne semblent tombées d'accord pour appliquer avec "souplesse" ces règles contraignantes adoptées au milieu des années 90 ; le paysage économique était alors bien différent, la désinflation par la délocalisation n'était encore qu'un rêve de PDG de multinationale.

Les investisseurs sont désormais convaincus que les derniers signaux économiques sont trop mauvais pour que J.-C. Trichet affecte de les relativiser afin de continuer à réclamer la stricte maîtrise des déficits, l'encadrement des salaires et l'ancrage des anticipations inflationnistes : un tel discours est devenu totalement inaudible.

** Paris a donc aligné hier une seconde séance de hausse consécutive de hausse (+1,2%) qui sera interprétée comme une prolongation du rally haussier de lundi. Cela en dépit des prévisions pessimistes de l'OCDE et de la chute de 44% des ventes de logements neufs dans l'Hexagone au troisième trimestre 2008 (les mises en chantier s'écroulent également de 22,6% en octobre). N'oublions pas non plus l'anticipation de très mauvais chiffres de l'emploi au mois d'octobre selon le secrétaire d'Etat à l'emploi, Laurent Wauquiez.

Lorsque les marchés ont trouvé un plancher moyen ou long terme, ils finissent par devenir sourds aux mauvaises nouvelles. Ils ont cependant réagi ponctuellement aux indications négatives, comme en témoigne une série assez impressionnante de poussées haussières suivies d'épisodes correctifs d'une amplitude avoisinant les 2% -- à pas moins de quatre reprises en l'espace de sept heures et demi de cotations.

Au final, le redressement des marchés américain et européen semble pouvoir se poursuivre ce mercredi... et cela ne saurait nuire aux consommateurs et distributeurs américains à la veille du week-end si crucial de Thanksgiving.

Philippe Béchade,
Paris

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Eric Fry vous donne les dernières nouvelles de Wall Street

*** COMBIEN DE DOLLARS POUR LE REBOND DU DOW JONES ?

** La joie et la jubilation sont revenues à Wall Street lundi, quand le gouvernement fédéral a renfloué Citigroup avec 326 milliards de dollars -- dont 306 milliards de dollars en garanties de prêt et 20 milliards en liquidités. Malheureusement, les points du Dow Jones ne sont plus aussi bon marché qu'autrefois. Vous vous souvenez, en mars dernier, quand le Trésor américain a fait un chèque de 30 milliards de dollars à J.P. Morgan pour financer le rachat de Bear Stearns ? Le Dow Jones a fait un rebond de 187 points suite à la nouvelle -- soit un point pour chaque 160 millions de dollars de renflouement.

- Par comparaison, chacun des points engrangés lundi par le Dow Jones coûte 823 millions de dollars. Hélas, la loi de diminution des bénéfices semble prendre le dessus. Par conséquent, même si nous pensions que le Trésor américain pouvait acheter un nouveau marché haussier, les résultats ne seraient pas si évidents. A 823 millions de dollars par point, il ne faudrait pas moins de 4 700 milliards de dollars pour faire remonter le Dow Jones à son niveau record.

- Malheureusement, cela s'accompagne d'une tendance opposée : plus le Trésor dépense, plus le marché vacille. Savez-vous que le gouvernement fédéral américain a VRAIMENT engagé 7 700 milliards de dollars de renflouements, prêts et garanties depuis l'apparition de la crise du crédit l'année dernière ? Et savez-vous que le Dow Jones a chuté de plus de 5 700 points depuis que la mode des renflouements a commencé ?

- Il y a donc à peu près un point de Dow Jones PERDU pour chaque 1,3 milliard de dollars de renflouement.

** Il est tout à fait possible, évidemment, que tous ces programmes de renflouement transforment les marchés financiers dévastés en un paradis sur terre... ou du moins en un paradis sur Wall Street. Mais les premiers signes ne sont pas très encourageants.

- Selon une équipe de statisticiens de Bloomberg News, "le gouvernement américain est prêt à fournir plus de 7 700 milliards de dollars dans l'intérêt des contribuables... Cet engagement de fonds sans précédent comprend 3 200 milliards de dollars déjà utilisés par les institutions financières, la plus grande réponse à une urgence économique depuis le New Deal des années 30".

- Le calcul de Bloomberg comprend une foule de programmes de renflouement directs et indirects. En plus du programme TARP de 947 milliards de dollars du Trésor, par exemple, la Fed s'est engagée à protéger 2 300 milliards de dollars en fonds de marché monétaire, tandis que l'Agence fédérale américaine de garantie des dépôts a promis de garantir 1 400 milliards de dollars en dépôts bancaires. Divers programmes et "arrangements" fournissent les 3 000 milliards restants en prêts ou garanties.

- D'où vient tout cet argent ? Personne ne peut le dire exactement. Mais nous savons d'où il ne vient PAS. Il ne vient pas d'une énorme tirelire cachée dans un bâtiment fédéral à Washington, DC. Il ne vient pas non plus d'un compte en banque traditionnel qui contient des économies traditionnelles. Non, cet argent vient d'un lieu où les illusions sont particulièrement élaborées, plus connu sous le nom de Réserve fédérale.

- Cet argent vient d'un "système" monétaire qui n'est pas du tout un système ; c'est une performance artistique -- une improvisation de système monétaire. Le système utilise une association artistique de promesses, de bonne volonté, d'emprunts à l'étranger et de dettes gouvernementales pour valider des milliers de milliards de dollars d'une devise papier que les Etats-Unis impriment pour eux-mêmes. Tant que cette improvisation réjouit les détenteurs de dollars du monde entier, tout va pour le mieux. Mais ils pourraient se lasser de la performance.

- Certains d'entre eux sont peut-être déjà lassés. A la nouvelle du renflouement de Citigroup, par exemple, le dollar s'est effondré face à l'or et à l'euro, tandis que les bons du Trésor américain chutaient eux aussi. Un jour ne fait pas la tendance, évidemment. Mais une année, si. Pendant plus d'un an, le gouvernement américain a empilé les pertes de renflouement les unes sur les autres, tout en obligeant la Réserve fédérale à dissimuler les coûts réels dans la complexité de son bilan et l'opacité de ses machinations monétaires.

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Bill Bonner, cofondateur de La Chronique Agora, à Zurich

*** TOUT FICHE LE CAMP

** La nuit dernière, nous avons regardé dans le futur. Et ce n'était pas joli-joli.

* "Tout fiche le camp", dirions-nous en résumé. Les investissements, les stratégies, les civilisations, le monde, la vie elle-même.

* Nous sommes à Zurich, où nous avons assisté à une conférence organisée par notre ami Rolf Dobelli. Il l'appelle Zurich.minds (vous pouvez en savoir plus sur Zurichminds.com).

* Un autre de nos amis, Nassim Taleb, auteur du Cygne Noir, faisait une présentation... avec un groupe de scientifiques de plusieurs disciplines.

* Nous avons d'abord eu les mauvaises nouvelles :

* "Notre galaxie risque d'entrer en collision avec sa plus proche voisine", expliquait un professeur de physique. "Andromède et la Voie lactée vont se heurter. Le résultat sera spectaculaire. Bien entendu, ce sera la fin de notre monde... du système solaire... de notre galaxie même... et bien entendu, nous mourrons tous... mais c'est bien le dernier de nos soucis".

* Ayant commencé du mauvais pied, nous avons sautillé toute la soirée... d'un désastre à un autre.

* Nous reviendrons aux calamités universelles dans une minute. D'abord, regardons les dernières évolutions des marchés financiers.

* Les actions ont grimpé, parfois spectaculairement. L'or aussi a repris du terrain.

* Voici notre analyse très simple : lorsque les actions baissent, l'or baisse moins ; lorsque les actions grimpent, l'or les suit.

* Nous en concluons qu'il vaut mieux détenir de l'or que des actions -- à peu près la même conclusion que celle à laquelle nous étions parvenus il y a huit ans de cela environ.

* "Oui... mais comment détenir de l'or ?", demandait un gestionnaire de fonds suisse. "Je suis d'accord que l'or va probablement grimper. Mais il y a des risques dans deux directions. Si l'économie mondiale subit une déflation, l'or baissera. Peut-être jusqu'à 600 $. Peut-être jusqu'à 500 $. Qui sait ? Mais si les autorités réussissent une relance, et que l'or grimpe à 2 000 $, elles arrêteront probablement les transactions". Ou gèleront les comptes-or. Voire les saisiront, comme l'a fait Franklin Roosevelt.

* "La chose à faire, c'est d'acheter des pièces. Mais les pièces ont disparu. Il faut verser une telle prime, pour en avoir, que je ne suis pas certain que ça en vaille la peine".

* Ah, il y a une fêlure dans toute chose que Dieu fait. Heurtez-la assez fort, et elle volera en éclats. Tout fiche le camp, en d'autres termes.

* Ces derniers temps, les investisseurs ont tapé sur les marchés de capitaux du monde entier. Les valeurs des actifs ont été réduites en mille morceaux... des entreprises autrefois solides ont mordu la poussière... et le portefeuille boursier moyen a été divisé par deux.

* Bientôt, prédisons-nous, ils taperont sur le système monétaire mondial lui-même -- et pilonneront le billet vert. Avant que tout ça soit terminé, nous nous attendons à voir s'effondrer le système monétaire mondial basé sur le dollar.

* Comment vous protéger ? Les liquidités. Mais prenez une minute. Sentez le cash. Il empeste.

* "Toutes les devises mondiales semblent épouvantables", a continué notre gestionnaire de fonds suisse. "Toutes les banques centrales de la planète font la même chose -- en gros, elles gonflent leur masse monétaire pour essayer de compenser les effets déflationnistes du ralentissement".

* La manière traditionnelle de vous protéger est d'acheter de l'or. Mais là encore, il y a une fêlure. Et tôt ou tard, les autorités s'y attaqueront à coups de massue.

* Mais c'est encore dans l'avenir... peut-être loin dans l'avenir.

* En attendant, nous détenons de l'or sous toutes les formes disponibles... nous vendons les actions lors de leurs rebonds... et nous achetons de l'or durant les creux.

** "Mais il y a un autre risque dans l'univers", continuait le physicien durant la conférence. "Il y a cette force sombre... la force V... ou force du vide, identifiée par Einstein, mais personne ne sait encore de quoi il s'agit".

* "Si l'on regarde attentivement les étoiles, on s'aperçoit qu'elles s'éloignent de plus en plus les unes des autres. Il est intéressant de constater que les étoiles les plus lointaines... celles qui sont au bord de l'univers... s'éloignent le plus rapidement. Cela nous montre qu'une force pousse l'univers à se déliter... et que le phénomène s'accélère".

* Traduction : l'univers lui-même fiche le camp.

* "Ce que cela signifie", a-t-il continué, "c'est que nous serons perdus dans l'espace... dans l'espace sombre... sans lune ni étoiles... elles seront trop loin. Ensuite, toutes les particules de l'univers exploseront en milliers de composants".

* "Voilà qui remet en perspective toutes vos inquiétudes sur la chute des actions, non ?" a-t-il conclu.

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*** La Chronique Agora présente ***

Connaissez-vous HENRY ? C'est pourtant une pièce maîtresse de l'économie américaine... et elle est en train de céder. Ingrid Labuzan se penche sur le cas du contribuable idéal.

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HENRY, IDEAL CONTRIBUABLE
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Vous ne connaissez pas HENRY ?

Pourtant sa vie vous intéresse : c'est sur lui que reposent les espoirs de relance de la consommation américaine. C'est aussi sur ses économies que s'appuient les plans de renflouage aux Etats-Unis. Pourtant, aujourd'hui, HENRY est à bout de souffle.

HENRY est américain ; il gagne plus de 250 000 $ annuels, dont il voit une bonne partie prélevée par les impôts. HENRY est l'acronyme de High Earners, Not Rich Yet (hauts revenus mais pas encore riche) et fait parler de lui car le gouvernement se tourne vers lui pour financer le renflouement du pays. La bonne volonté et le patriotisme d'HENRY commencent à être sévèrement écornés face aux efforts demandés par l'Etat.

En 2006, les 3,6 millions de HENRY représentaient 10% du revenu total des Américains, et pourtant leurs impôts représentaient 17,3% des sommes récoltées à un niveau fédéral. En 2008, le Tax Policy Center estime que les cinq millions de HENRY paieront 24% de tous les impôts fédéraux.

Voilà le coeur du nouveau problème américain : cette part de la population est idéalement taxable. Pourtant, les HENRY sont une des pièces centrales de l'économie américaine. Ce sont eux qui consomment en priorité, qui achètent des voitures, qui emmènent leur famille en vacances et qui construisent une plus grande maison... Ce sont également eux qui créent des entreprises et donc des emplois. A eux seuls, ils possèdent 660 000 PME, qui ont permis la création de deux tiers des 6,4 millions de nouveaux emplois enregistrés entre 2003 et 2007.

Le quotidien de HENRY
Cette classe sociale est examinée à la loupe par Shawn Tully dans le magazine américain Fortune. Il raconte l'histoire de plusieurs familles au travers des Etats-Unis, souvent purs produits de l'American Dream, c'est-à-dire parties de rien et dont le revenu annuel est aujourd'hui compris entre 250 000 $ et 500 000 $. Les HENRY représentent environ cinq millions de foyers et sont en effet plus aisés que 98% des Américains, car le revenu moyen des ménages dans le pays est de 50 000 $. Ils sont pourtant très éloignés de la frange la plus riche de la population. Et ils sont surtout très lourdement taxés, aussi bien au niveau local que fédéral. Ils sont également dans la ligne de mire d'Obama quand ce dernier parle de hausses d'impôts. "Les impôts sont de loin mon premier poste de dépense", explique l'un des pères de famille. Son revenu annuel familial est de 375 000 $.

Comme l'explique l'article -- à part les impôts -- les principales dépenses de ces familles sont consacrées à leurs enfants. Il s'agit de payer les nounous des plus jeunes, les écoles privées des aînés, tout en mettant de côté pour l'université. Ce que font par exemple John et Kym, qui épargnent 750 $ par mois, envoyer leurs trois enfants dans l'une des meilleures universités du pays. D'après eux, les études de chacun de leurs enfants devraient leur coûter 500 000 $. Ce qui ne leur laisse pas vraiment de quoi économiser pour leur retraite. Un problème commun à nombre de HENRY, comme en témoigne Tony Molino, 50 ans : "J'ai travaillé entre 50 et 60 heures par semaine toute ma vie, et je n'ai pas grand-chose à mettre de côté à la fin de chaque mois. Je vis confortablement, mais quand Joe Biden parle d'augmenter les impôts, je deviens livide".
 
A l'heure où le secteur automobile se tourne vers le gouvernement pour réclamer de l'argent -- comme l'ont fait les banques --, les HENRY ont des sueurs froides...

Meilleures salutations,

Ingrid Labuzan
Pour la Chronique Agora

(*) Journaliste, Ingrid Labuzan est titulaire d'une maîtrise d'histoire, d'un master d'European Studies du King's College London et d'un mastère médias de l'ECSP-EAP. Spécialisée sur le traitement de l'information et des médias étrangers, elle a vécu et travaillé pendant six mois à Shanghai. Elle a contribué à de nombreuses publications, dont le Nouvel Observateur Hors-série. Elle rédige désormais chaque jour la Quotidienne de MoneyWeek, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance.

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(c) Les Publications Agora France, 2002-2008
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