
Trois seuils importants
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La Chronique Agora
Paris, France
Mardi 27 Novembre 2007
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*** Made in China, purchased in America
L'orgie commerciale du Black Friday a-t-elle été à la hauteur des attentes ? P. Béchade mène l'enquête...
*** Trois seuils importants
Le pétrole, le dollar, l'or : le trio infernal...
*** Une bombe nucléaire comptable tombe sur les valeurs bancaires US (2)
Les contribuables sont les victimes... toutes désignées !
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Bonjour,
*** MADE IN CHINA, PURCHASED IN AMERICA
** Les résultats commerciaux du Black Friday -- la fameuse orgie consumériste qui ponctue les célébrations de Thanksgiving aux Etats-Unis -- étaient attendus par les marchés avec une fébrilité et une appréhension au moins aussi grande que le prochain plan de licenciement massif anticipé de façon imminente chez Citigroup. C'est tout dire !
Lundi matin, les sources d'informations étaient presque aussi nombreuses que les grandes enseignes cotées sur le S&P 500. Mais CNBC, par exemple, a choisi de ne retenir que les estimations de Shopper-Trak RCT Corp. Un excellent choix, en effet, puisque cet institut de sondage privé a mesuré une envolée de 8,3% du chiffre d'affaires des centres commerciaux, hypermarchés et autres surfaces de vente implantées sur le sol américain.
Une hausse de 8,3%... Wall Street n'osait en rêver, les consommateurs américains n'ont jamais fait mieux -- en terme de volumes notamment -- mais les chiffres sont trompeurs. La valeur moyenne du caddie a reculé de 3,5% par rapport à 2006 et les bijouteries ont été désertées : avec une hausse de 25% à 30% des articles en or et en argent, cela se comprend !
Les acheteurs ont simplement été plus nombreux -- les experts avancent le chiffre de 5% -- et ils ont cédé à la tentation de super promos. Peu importe la qualité des articles... une télé LCD, un smartphone ou une caméra numérique, cela produit des images et du son, toutes les marques se valent à peu près sur le segment des appareils entrée de gamme et les low cost sont souvent les plus innovants en matière de design !
Les détaillants confirment le succès des produits électroniques grand public de type multimédia. Leur prix a considérablement baissé au cours des 12 derniers mois, les consoles de jeu restent chères. Mais elles font à peu près tout ce que fait un ordinateur, sauf la gestion des tableurs Excel. Et tout ceci pour un coût moindre, si l'on considère l'accès à Internet rapide, le stockage de données numériques par le protocole Blue Ray et la lecture de tous les supports audio et vidéo existants à ce jour.
** En faisant une moyenne, lundi soir, des données disponibles auprès de sources aussi diverses que les géants de la distribution, les banques -- qui enregistrent les mouvements sur les cartes de crédit --, les agences de presse, nous obtenons, pour l'ensemble du week-end de Thanksgiving, une hausse de 5% des dépenses des ménages par rapport à 2006.
Poètes s'abstenir, le hard discount s'est taillé la part du lion : +18% et près de 31% de la clientèle. N'oublions pas non plus les ventes en ligne sur Internet (20%), à coup de grandes promos et de prix cassés.
En outre, les plages horaires d'ouverture des centres commerciaux ont été étendues, ce qui pourrait avoir dopé les ventes à court terme, au détriment des jours à venir...
Certaines enseignes n'ont pas hésité à ouvrir dès 00h01 vendredi matin. La grande messe de minuit de la consommation fut un succès sans précédent et les grands prêtres du marketing n'en sont pas encore revenus ! La foule des "nuiteux" se pressait devant les portes de J.C. Penney à quatre heures du matin. C'est-à-dire une heure plus tôt que de nombreux rivaux (Wal-Mart, Sears, Home Depot), qui avaient pourtant avancé de trois heures la levée des rideaux de fer et repoussé la fermeture d'autant.
Les images des bousculades, de collisions de caddies ou de véhicules sur les parkings ont été diffusées en boucle aux Etats-Unis durant 48 heures sur l'ensemble des chaînes d'information nationales ou locales. Une pagaille comparable aux principaux axes de circulation un jour (pas si lointain) de grève des transports publics en région parisienne.
Nous avons du mal à croire que nos amis américains y prennent plaisir. Mais nous avons une fâcheuse tendance à sous-estimer l'excitation causée par le shopping et la chasse aux gadgets outre-Atlantique. S'agissant des Chinois, cela s'expliquerait mieux car cela fait 50 ans qu'ils attendent de découvrir les joies ineffables de la société de consommation...
Le paradoxe, c'est que ce sont les épargnants de l'Empire du Milieu qui financent les orgies de dépenses de l'Empire State. La devise de notre planète est en quelque sorte devenue "made in China, purchased in America".
Nous autres Français fuyons autant que possible les embouteillages, nous avons eu notre dose mi-novembre. Et nos banquiers ne manquent pas de nous rappeler à l'ordre lorsque l'encours de nos cartes de crédit excèdent nos capacités de remboursement. Mais aux Etats-Unis, si vous n'êtes pas
(sur)endetté, vous n'obtenez pas un sou de votre banque !
Même plombés par le subprimes, les Citigroup (-3% lundi soir à Wall Street) et autres Bear Stearns continuent de prêter à livres ouverts : cette folie ne s'arrêtera donc jamais ?
** Dans ces conditions, nous restons interloqués par la chute de 3% de Home Depot et le recul de 1% de Wal-Mart ce lundi soir. Et c'est peut-être l'une des clés du retournement complet de tendance observé en Europe au cours des heures qui ont précédé.
L'actualité du jour ne fut pourtant ponctuée d'aucune nouvelle alarmante ; divers analystes continuent de dégrader Freddie Mac, mais le pli est pris depuis une semaine. Le dollar semble s'être stabilisé autour de 1,4850/euro, faute de statistiques officielles susceptibles d'assombrir les anticipations des investisseurs au sujet de l'économie américaine.
Le CAC 40 a reperdu 118 points en moins de sept heures (par rapport à un zénith de 5 568 points inscrit en tout début de matinée). Paris a rechuté au final de 1,14%... cela peut paraître "lourd", mais cette correction n'efface que la moitié des gains engrangés vendredi.
Les banques françaises qui avaient flambé collectivement de 5% la veille reperdaient 2,5% en moyenne. Mais le secteur qui a connu le revers le plus sérieux fut bel et bien celui de la distribution, avec -2,9% sur PPR puis -2,15% sur Carrefour et -1,5% sur Casino.
Et nous vous quittons sur ce constat qui nous tracasse depuis mercredi dernier. Les ménages américains, pour schématiser, ont accru leurs dépenses en dollars de 5% par rapport à novembre 2006... soit ! Mais le billet vert ne valait-il pas à l'époque 1,2850/euro ?
Cela signifie que les exportations chinoises vers les Etats-Unis ont peut être reculé de 10% en valeur puisque le dollar en a perdu 15% face à l'Euro et 12% par rapport au yuan (qui culmine à 7,40/$).
** Est-ce que les achats européens suffiront à assurer une croissance harmonieuse du commerce extérieur chinois ? Et Pékin, en retour, a-t-il intérêt à acheter européen ?
Le voyage de Nicolas Sarkozy en Chine est-il le succès que le gouvernement claironne sur tous les tons ? Le repli d'EADS -- même symbolique -- ce lundi nous intrigue.
Et que dire de la vulnérabilité de Wall Street et des indices de la zone euro !
Philippe Béchade,
Paris
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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Londres
*** TROIS SEUILS IMPORTANTS
** Nous pourrions y être, cher lecteur. Cette semaine, on pourrait atteindre trois seuils importants.
* Lorsque nous vous avons quitté hier, les forces implacables de l'inflation semblaient se diriger tout droit vers l'objet immobile qu'est la déflation.
* Ce matin, nous vérifions les gros titres. Que s'est-il passé ?
* Regardons d'abord l'inflation.
* Le plus inflationniste de tous les prix, c'est celui du pétrole. Et devinez quoi ? Il a atteint un nouveau sommet, à 98 $. La barre des 100 $ n'est plus qu'à une tasse de café
* Qu'est-ce qu'un pétrole à 100 $ signifierait ? Faites marcher votre imagination, cher lecteur.
* Ce week-end, nous étions en France pour fêter Thanksgiving dans notre maison de campagne. Nous conduisons un Nissan Patrol, qu'Elizabeth utilise pour tirer un van à chevaux. Lorsque nous avons fait le plein, nous avons regardé les chiffres défiler à la pompe ; nous avions l'impression de suivre le décompte de la population mondiale. Lorsque les chiffres ont enfin cessé de bouger, nous en étions à 140 euros. Cette somme provient de plusieurs sources. Le carburant est toujours plus cher en Europe qu'aux Etats-Unis ; il est plus lourdement imposé. De plus, le pétrole lui-même est plus cher dans le monde entier. Enfin, l'euro est une devise bien plus forte. Résultat : douleur à la pompe.
* Aux Etats-Unis comme en Europe, la hausse des prix du carburant est bien plus douloureuse au bas de la pyramide des revenus qu'à son sommet. C'est au bas que l'inflation se fait le plus sentir. C'est là que les gens dépensant plus pour le carburant ont moins à dépenser pour d'autres choses.
* Pendant ce temps, l'euro s'échange à de nouveaux sommets. Là aussi, un nouveau stade est sur le point d'être atteint. A la Chronique Agora, nous prédisions que le dollar chuterait à 1,50/euro. A l'époque, le dollar s'échangeait pour moins de 1,30 $. A présent, notre cible pourrait être atteinte du jour au lendemain.
* Un dollar plus faible est inflationniste. Sur les marchés mondiaux, vous en avez moins pour votre argent. En d'autres termes, les prix grimpent. Dans la mesure où une bonne partie de ce qui se passe dans le monde finit par arriver sur les marchés US également, les prix à la consommation grimperont bientôt aux Etats-Unis aussi.
* Il y a également eu un courant contraire sur les marchés vendredi. Le Dow a grimpé. Nous appelons ça un courant contraire parce qu'il nous semble que la marée va dans l'autre direction -- mais nous pourrions nous tromper.
* Et l'or -- la mesure ultime de l'inflation fiduciaire -- a grimpé. Oh là là. Nous avons vu arriver la correction du marché de l'or ; le problème, c'est que nous ne l'avons pas vue partir. L'or était clairement prêt à faire une petite correction il y a quelques semaines -- lorsque le prix a dépassé les 830 $. Nous savions que nous aurions bientôt l'occasion d'en acheter pour moins cher. Le problème, c'est que la correction a été très rapide et très courte ; elle est arrivée et repartie avant que nous ayions eu la possibilité de réagir. La semaine dernière, l'or avait pratiquement récupéré tout le terrain perdu. Et cette semaine, nous ne serions pas surpris de le voir atteindre son ancien seuil d'il y a 27 ans -- 850 $. En fait, nous ne serions pas surpris de le voir dépasser cette marque et de continuer à grimper.
** Néanmoins, ce matin, la force de l'inflation semble moins implacable qu'il y a quelques jours. Devant l'objet immobile de la chute des prix, on dirait que l'inflation pourrait stopper.
* Où que nous regardions, nous trouvons de nouveaux signes de ralentissement. Les bons du Trésor US à deux ans ont connu une belle hausse ; leur rendement est désormais sous les 4%. Le shopping de Noël était inférieur de 3,5% à la fièvre acheteuse de l'an dernier.
* "Ne regardez pas ; la récession arrive", déclare Fortune.
* Les médias mettent enfin deux et deux ensemble :
* Les Américains doivent plus d'argent qu'auparavant -- dont 11 000 milliards de dette hypothécaire. Et leur actif numéro un -- le nantissement principal de toutes ces dettes -- voit sa valeur baisser. Les prix de l'immobilier sont en baisse de 5% à ce jour dans tous les Etats-Unis. Rober Shiller, dont l'indice suit le marché immobilier, déclare que cela pourrait être bien pire que ce qu'attendent les gens. La dernière crise majeure de l'immobilier a eu lieu en 1925-1933, lorsque les prix ont chuté de 30%. Une chute de 30% de la valeur de l'immobilier américain aujourd'hui transformerait l'objet immobile de la déflation en quelque chose qui ressemble plus à un trou noir.
* Cela pourrait "créer un effet cauchemardesque", déclare un article de l'Associated Press.
* "Les difficultés du subprime vont s'aggraver", affirme le Wall Street Journal.
* "Les maux du subprime fuient dans l'économie", dit un autre article.
* Voyons voir... une chute de 30% des prix de l'immobilier revient plus ou moins à... 6 000 milliards de dollars dans le trou noir de la déflation. Eh bien... 1 000 milliards par ici... 1 000 milliards par là...
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Le CAC 40 à 6 500 points... ou à 4 600 ?
Le pétrole à 45 $... ou à 100 $ ?
Economie mondiale en plein boom... ou krach globalisé ?
2008 pourrait être une année agitée : vos investissements sont-ils prêts à tout ?
Avec une performance moyenne de 92,34% depuis 1992... et des gains de 69,77%, 35,52%, 29,56%, 42,90% (entre autres) en 2006... voici le moyen d'affronter tout ce que l'avenir boursier peut nous réserver !
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*** La Chronique Agora présente ***
L'apocalypse financière est peut-être déjà sur les banques et les valeurs bancaires, déclarait le Mogambo Guru hier. Aujourd'hui, il nous parle de l'étendue des dégâts...
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UNE BOMBE NUCLEAIRE COMPTABLE TOMBE SUR LES VALEURS BANCAIRES US -- 2ème PARTIE
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Par le Mogambo Guru (*)
La chose la plus terrifiante -- et la plus facile à prévoir -- dans cette histoire, c'est l'incroyable quantité de trucs qui vont s'effondrer sur les contribuables, et, soyons clairs, sur le reste du monde. C'est d'ailleurs raccord avec le dernier témoignage de Bernanke qui, selon le Financial Times, a "élaboré un plan pour aider à revivifier le marché des prêts hypothécaires 'jumbo' (de grandes sommes) -- [un plan] impliquant Fannie Mae et Freddie Mac, ainsi que des garanties du gouvernement fédéral", et qui permettrait d'"augmenter la taille des prêts individuels éligibles à la titrisation par les entités de financement hypothécaires parrainées par le gouvernement : elle passerait de 417 000 $ à un million de dollars". Bigre !
L'arnaque évidente, ici, c'est que toutes ces choses perdant de l'argent seront refilées aux contribuables, comme on le découvre lorsqu'on nous explique que "Fannie et Freddie pourrait payer des primes d'assurances sur ces prêts au gouvernement fédéral, qui 'agirait comme garant' en endossant une part du risque de crédit". Hahahaha ! Parlons plutôt de tout le risque -- c'est-à-dire 100%, parce que toutes ces choses ont 100% de chances de faire faillite, et c'est d'ailleurs la raison pour laquelle on les a données à Fannie et Freddie pour commencer ! Hahaha !
Et si vous voulez avoir une petite idée de l'ampleur des pertes qui seront répercutées sur les contribuables et les consommateurs, Bill Bonner nous en donne une petite idée en notant que "l'indice Wilshire est coté en dollars, ce qui est très utile. On peut voir immédiatement combien d'argent les gens perdent. D'un sommet de 15 900 environ la semaine dernière aux 14 600 actuels -- c'est une perte de 1 300 milliards de dollars". Ouille !
Bill continue : "ça, c'est en termes de dollars US. Mais le dollar a perdu environ 10% de sa valeur cette année. Si bien que la perte réelle pour les investisseurs représente plus de deux fois cette somme... soit environ 3 000 milliards de dollars".
Je suis en train de faire l'addition, mais Bill me devance : "on ajoute à ça les pertes immobilières -- qui atteignent probablement 1 000 milliards de dollars à ce jour. Et il y a les pertes, annoncées ou dissimulées, du secteur des subprime et des produits dérivés, qui pourraient ajouter à cela 500 milliards de dollars supplémentaires environ".
Tout le monde se fige, attendant que je finisse le calcul, mais je pense que j'ai accidentellement appuyé sur la mauvaise touche, alors je me contente de dire : "4,5 milliards de dollars ?"
Bill Bonner déclare : "on parle de véritables sommes, là -- une perte combinée de richesse équivalent à 4 500 milliards de dollars... soit près de 10% de la valeur nette totale des Etats-Unis d'Amérique".
J'ai le plaisir d'annoncer que je n'ai pas fait dans mon pantalon suite à cette révélation stupéfiante et parfaitement déconcertante. Enfin, presque pas.
Meilleures salutations,
Le Mogambo Guru
Pour la Chronique Agora
(*) Richard Daughty est associé gérant et directeur d'exploitation pour Smith Consultant Group, qui sert les secteurs financier et médical. Il est également l'auteur de la lettre d'information économique Mogambo Guru, un exercice visant à accumuler les sarcasmes sur ceux qui le méritent largement. Le Mogambo Guru est souvent cité dans le journal Barron's ou dans le Daily Reckoning, l'équivalent américain de la Chronique Agora.
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Nota bene : reproduction partielle ou totale de la présente Chronique STRICTEMENT INTERDITE sans accord écrit de la société éditrice.
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