
Le zéro et l'infini
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La Chronique Agora
Paris, France
Lundi 26 Novembre 2007
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*** Le zéro et l'infini
0% de variation à Paris... et 516 000 milliards de dollars d'encours de produits dérivés
*** Les affaires marchent à Wall Street
... au moins en termes de primes de fin d'année...
*** Le gagnant, c'est celui qui perd en dernier
Le choc frontal entre déflation et inflation va laisser la classe moyenne sur le flanc
*** Une bombe nucléaire comptable tombe sur les valeurs bancaires US (1)
Compte rendu des faits par le Mogambo Guru...
----------------------------- (publ.)
Avez-vous l'une de ces bombes à retardement financières dans VOTRE portefeuille ?
De véritables bombes sont désormais enclenchées sur les marchés... et elles pourraient causer des dégâts spectaculaires pour des centaines de milliers d'investisseurs.
Sauf que vous n'êtes pas obligé d'en souffrir avec tout le monde...
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Bonjour,
*** LE ZERO ET L'INFINI
** Le CAC 40, malgré une belle accélération haussière en seconde partie de séance -- consécutive au débordement des 5 450 points --, matérialise symboliquement une seconde perte hebdomadaire : 0,04%, après 0,01% vendredi dernier.
Le rush de cette ultime cession de la semaine n'aura donc pas été suffisant pour permettre aux bulls de prendre leur revanche sur les bears, malgré le retour des investisseurs américains absents jeudi, qui ne s'est pas avéré franchement décisif.
Les traders auraient tout aussi bien pu s'émouvoir du rebond du baril de pétrole de 96,5 $ vers les 98 $ (entre 16h et 17h30). Mais le rebond technique de Wall Street a occulté cette nouvelle flambée de l'or noir à la veille du week-end. Le Dow Jones (1,5%) tutoyait en clôture les 13 000 points (1,42% à 12 980 points). Le S&P 500 reprenait 1,7% grâce aux bancaires, les marchés américains n'étant ouverts qu'une demi-journée en ce pont de Thanksgiving.
Les cambistes, eux, n'ont pas pris de congé ces dernières 36 heures ; ils ont envoyé le dollar par le fond vendredi de la semaine dernière. Le billet vert a atteint un plancher historique de 1,4965/euro et 107,6 yens, ce qui a permis aux cambistes de prendre leurs bénéfices sur l'euro (1,4835) suite à la publication d'un indice PMI des services en recul de deux points en novembre dans l'Euroland. Pendant ce temps, les achats de produits manufacturés ont chuté de 1,1% en France le mois dernier, à cause d'une lourde baisse des dépenses d'équipement de la maison.
** Sur le front des stratégies de gestion, une amorce de rotation sectorielle s'est apparemment dessinée vendredi dernier au profit des valeurs moyennes qui ont, pour la première fois en 15 jours, surperformé les blue chips du CAC 40.
L'indice phare a surtout bénéficié du spectaculaire sursaut de 5% des financières -- mais une bonne moitié des hausses n'a pas dépassé les 1,9%. Le SBF 80, lui, s'est adjugé en revanche 2,64% avec une majorité d'écarts supérieurs à 2,5%... il ne s'agit cependant que d'un correctif technique car les mid-caps ont globalement chuté de 1,85% sur la semaine.
Les deux grands perdants de la semaine furent Rodriguez et Soitec (-14,5% chacun) et même si ces deux entreprises évoluent dans des domaines extrêmement différents, il existe entre elles plus d'un point commun. Soulignons, notamment, leur dépendance vis-à-vis de leur clientèle américaine et leur exposition au dollar ; de façon plus "comptable", elles sont toutes deux affectées par le risque de ralentissement du chiffre d'affaires et la hausse du coût de refinancement des stocks.
La pire performance sectorielle a été réalisée par les services informatiques et l'ingénierie, puisque Steria a chuté de 9,15%, Sopra de 9% et Altran de 8,8%.
La défaillance des valeurs moyennes se vérifiait dans l'ensemble des compartiments, puisque si Beneteau (-8%) a suivi Rodriguez, Nexans n'a été contaminé par aucun concurrent, pas plus que Sperian qui chute de 8,8%, NRJ, Valéo ou Safran (8% en moyenne).
Toutes ces entreprises apparaissent plus vulnérables que les multinationales du CAC 40 au ralentissement de l'activité qui se profile en France (+0,2% au quatrième trimestre) et dans la zone euro.
** Parmi les leaders de la cote parisienne, si BNP Paribas a pu reprendre 5,1% vendredi dernier, c'est grâce à une note de Moody's qui a confirmé sa perspective stable sur le système bancaire français. Crédit Agricole et Dexia ont grimpé de 5%, Axa de 4,3%, Société Générale de 4,1%. Natixis, qui s'était envolé de plus de 15% la veille, reprenait de son côté encore 4,4% (après le rachat de sa filiale déficitaire CIFB par les Caisses d'Epargne et la Banque Populaire).
Hors CAC 40, et toujours dans ce même secteur, CNP Assurances flambait de 11%, alors que ses principaux actionnaires -- la Banque Postale et le Groupe Caisse d'Epargne --, ont formellement démenti toute intention de réduire leur participation dans CNP, en réaction aux rumeurs de rachat de l'assureur par AXA.
Parmi les titres qui terminaient la semaine en forte hausse, il faut noter la bonne performance d'ensemble des foncières avec Unibail Rodamco (8%), Icade (6,8%), Foncière des Régions ou encore Klépierre (4,5%). Quant à la hausse de Carrefour de près de 6% d'un vendredi sur l'autre, elle est certainement à relier à la sous-valorisation de son patrimoine immobilier, devenue manifeste cet automne.
** Mais alors que de nombreux analystes attendent fébrilement de connaître les résultats commerciaux du Black Friday, beaucoup d'interrogations ne manqueront pas de persister au sujet de la vigueur de la consommation aux Etats-Unis alors que les défauts de remboursement sur les cartes de crédit se multiplient.
Alan Greenspan sous-entendait vendredi dernier, que le risque de récession pourrait passer la barre des 50% si la souplesse du système financier américain s'étiolait sous les coups de boutoir répétés des dépréciations massives d'actifs, notamment sur les CDO et les dérivés de prêts de type
revolving.
Le risque principal réside désormais -- toujours selon l'ex-patron de la Fed -- dans la poursuite de la contraction de l'activité et des prix dans le secteur immobilier.
Cette dégradation, qui est loin d'avoir atteint son paroxysme, affectera le sentiment de richesse des Américains... et plombera les comptes des banques.
Ces dernières feront jouer la garantie hypothécaire face aux emprunteurs défaillants. Mais elles ne reverront jamais leur mise, compte tenu du dégonflement rapide de la bulle immobilière dans 90% des états de l'Union... l'afflux de biens bradés dans l'urgence aux enchères ne faisant qu'amplifier la spirale baissière (effet domino).
Et les dérivés de crédit immobilier représentent aujourd'hui 345 000 milliards de dollars, soit près de deux tiers des 516 000 milliards de dollars de produits dérivés qui forment la bulle financière la plus colossale engendrée par l'économie planétaire.
La question à 100 000 milliards de dollars est la suivante : quelle fraction de ces montants qui défient l'imagination sont adossés au carry trade (yen/$ ou yen/euro), et quel pourcentage des placements à effet de levier a été investi dans les subprimes et autres dérivés de crédit à haut risque ?
Philippe Béchade,
Paris
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Eric Fry vous donne les dernières nouvelles de Wall Street
*** LES AFFAIRES MARCHENT A WALL STREET
** Les affaires n'ont jamais été aussi bonnes à Wall Street ! Oh, bien sûr, les revenus ont chuté, des divisions entières se sont volatilisées et des dizaines de milliards de dollars de fortunes d'actionnaires ont disparu des bilans des principaux établissements de crédits. Malgré cela, les primes versées dans cinq des plus grandes sociétés de Wall Street ont bondi de 9% par rapport à l'an dernier -- où un record avait déjà été établi.
- "Jamais, de toute l'histoire de Wall Street, tant de personnes ont pu gagner autant en si peu de temps", remarquait, il y a un an, un chroniqueur de Newsday. Ce journaliste faisait référence à la somme record de 36 milliards de dollars accordée en prime de fin d'année par Goldman Sachs, Morgan Stanley, Merrill Lynch, Lehman Brothers et Bear Stearns à leurs employés fin 2006.
- Ce chiffre record de l'année dernière semblait audacieux, mais pas si scandaleux. Par contraste, le millésime 2007 des primes made in Wall Street est à la fois audacieux ET scandaleux, mais également révoltant, répréhensible, au-delà de l'acceptable et littéralement avide.
- Cette année, les cinq plus grandes compagnies de courtage vont se partager une nouvelle somme record de 38 milliards de dollars de primes de fin d'année. Cette jolie somme serait simplement qualifiée d'audacieuse si les actionnaires pouvaient toucher leur part. Mais ils ne touchent rien. "Les actionnaires du secteur boursier vivent leur pire année depuis 2002", observe Bloomberg News. "Ils sont en train de perdre près de 74 milliards de dollars de capitaux".
- Imaginez le montant des primes si toutes les compagnies de Wall Street avaient tout perdu... ou du moins autant que l'éthique de Wall Street.
** En 2006, le marché des valeurs grimpait et Wall Street avait la grande forme. Les primes records de l'époque étaient donc -- d'une certaine façon -- légitimes. Mais en 2007, qu'est ce qui pourrait rationnellement justifier une telle distribution d'argent ?
- Une seule chose peut-être : parce qu'on peut le faire. Nous pourrions remarquer, par exemple, que le nombre de sanctions imposées par la SEC (Commission américaine des opérations de bourse) sur l'année fiscale 2007 est tombé au plus bas depuis 2002. La Commission n'a récolté que 1,6 milliards de dollars en amendes cette année, comparé à plus de trois milliards de dollars pour chacune des trois dernières années. Il n'existe peut-être pas de lien direct entre l'explosion des bonus de Wall Street et la diminution du nombre de sanctions données par la Commission, mais le lien symbolique est en revanche bien présent.
- Les professionnels de la finance sont déjà convaincus du principe selon lequel "ce qui est à vous est à eux" ; c'est inscrit dans leur ADN professionnel. Si la Commission prétend ne rien voir des procédés qui encouragent l'avarice institutionnalisée, qui d'autre pourra faire barrage, sinon quelques journalistes bougons et mal-léchés ? Les grosses primes ne nous énerveraient pas tant si elles fluctuaient. Mais ce n'est pas le cas. Le lien qui existait autrefois entre le mérite et le salaire a disparu depuis longtemps. Il y a seulement dix ans, la réserve pour la prime des employés de la finance à New York atteignait 90% du revenu net des compagnies de courtage du NYSE. Aujourd'hui le montant relatif de la prime a doublé, jusqu'à 180% du revenu net.
- Les primes de Wall Street sont sur la voie montante -- c'est le moins qu'on puisse dire. Bloomberg remarque que "la dernière fois que les primes ont baissé, c'était en 2002, lorsque l'indice Standard & Poor 500 a chuté de 23% et qu'Enron Corp. et WorldCom Inc. ont fait faillite". Mais les hoquets financiers auxquels ont a assisté en 2002 semblent bien sage, en comparaison avec les dégâts spectaculaires qu'on observe aujourd'hui sur le marché du crédit. Des dizaines de milliards de dollars disparaissent des bilans des plus grandes institutions de crédit d'Amérique. Des dizaines de milliards de dollars de plus risquent de disparaître avant que le fiasco ne touche à sa fin. Dans un tel contexte, distribuer des dizaines de milliards de dollars à des employés déjà millionnaires semble imprudent, pour ne pas dire complètement insensé. Mais il ne faut pas perdre de vue que Wall Street, c'est encore et toujours de l'argent : en gagner... et en prendre.
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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Londres
*** LE GAGNANT, C'EST CELUI QUI PERD EN DERNIER
** Lorsque nous vous avons laissé la semaine dernière... les choses devenaient intéressantes.
* Les forces implacables de l'inflation étaient sur le point d'entrer en collision avec l'objet immobile de la déflation. Et les deux deviennent de plus en plus proches. Dans peu de temps, le choc aura lieu.
* La richesse est en train de s'évaporer. Lorsque la marée se retire, déclare Warren Buffett, on voit qui était en train de nager nu -- on découvre qui avait oublié de mettre son maillot. Les prix baissent... et on se rend compte qu'on n'a rien pour protéger ses parties les plus vulnérables. Mais même les investisseurs qui ont été plus prudents perdent de l'argent. Tout le monde perd de l'argent. Comme l'a dit Russell, le gagnant c'est juste celui qui perd en dernier.
* Lorsque la marée se retire... tous les actifs qui étaient soutenus par les flots de liquidités commencent à baisser. Bien entendu, on a déjà vu ça sur le marché immobilier US -- où, selon les derniers chiffres, les ventes sont en baisse dans 46 états... et les prix chutent dans tous les Etats-Unis pour la première fois depuis la Grande dépression. "Nous n'avons pas encore atteint les planchers les plus bas en termes de réajustements, défaut de paiement et pertes sur les prêts hypothécaires", déclare un rapport de l'OCDE. Les Etats-Unis sont "au bord de la récession", déclare le UK Times.
* La chute des cours des actions, jusqu'à présent, a fait partir en fumée quelques milliers de milliards de richesse implicite. La chute du dollar en a effacé quelques milliards supplémentaires. Selon Goldman Sachs, le credit crunch fera disparaître 2 000 milliards de dollars de crédit. Et bien entendu, il y a les pertes directes du credit crunch... qui pourraient rajouter 300 milliards environ. Quelques milliards par ici... quelques milliards par là... et bientôt, on a de vraies sommes.
* C'est là l'objet immobile dont nous parlions : les prix chutent... l'argent disparaît. C'est la déflation avec un D majuscule.
** Pendant ce temps... les forces implacables de l'inflation se dirigent vers nous. Les prix grimpent... et partout dans le monde, les gens disent la même chose : les chiffres officiels de l'inflation mentent. Et partout dans le monde, ils ont sans doute raison.
* Les prix à la consommation grimpent. La semaine dernière, Hong Kong et la Russie ont annoncé une hausse des taux d'inflation. Aux Etats-Unis, Merrill Lynch rapportait que le coût de la fête de Thanksgiving avait grimpé de 8% -- soit plus de deux fois le taux d'inflation officiel -- depuis l'an dernier.
* Les classes moyennes sont prises entre l'ouragan de la hausse du coût de la vie... et le marasme de la baisse du prix des actifs. Les gens ont moins d'argent à dépenser... et plus de manières de le dépenser. Cette force implacable les pousse d'un côté. Un objet immobile bloque leur retraite. Ils vont être écrasés.
* Ce sont eux qui possèdent des maisons et ont investi dans des fonds d'investissement... ce ceux eux qui doivent trop d'argent... et le coût de la vie leur échappe.
* Ils ont peut-être des salaires confortables... mais ils n'ont guère de marge. Tout le monde travaille déjà à plein temps... ou plus. Une fois payé le prêt hypothécaire, le prêt automobile, les études des enfants... et les autres dépenses courantes... il leur reste moins qu'il ne restait à leurs parents. Du progrès, ça ?
* Nous avons affirmé que le "progrès" de cette génération d'Américains est largement une illusion. Ils gagnent plus. Ils ont plus de gadgets. On dit que leurs maisons valent plus. Mais ils ont en fait moins de richesse réelle que la génération qui les a précédés.
* Personne ne se faisait de souci quand les ouvriers à la chaîne perdaient de l'argent. S'ils étaient trop bêtes ou trop lents pour obtenir un travail de bureau, disait la classe moyenne, ils méritaient leur sort. Mais voilà que les gens de la classe moyenne commencent à se sentir idiots eux aussi.
* On est soit contrarien, soit victime -- surtout dans une déflation de crédit. Lorsque les prix chutent pour la plupart des actifs... il faut être contrarien pour posséder les rares choses qui ne baissent pas. Et lorsque la formule financière de base qui a guidé toute une génération tombe en panne, il faut être contrarien pour en trouver une nouvelle. Depuis 1980, plus on moins, les Américains ont épargné de moins en moins sur leurs revenus. Acheter une nouvelle maison... acheter une autre voiture... consommer plus de carburant fossile... dépenser plus d'argent. Cette culture de la dépense a aidé à accélérer la croissance économique en Asie. Les Américains étaient prêts à acheter n'importe quoi, qu'ils en aient besoin ou non. Les Asiatiques ont commencé à fabriquer des choses, les vendre aux Américains et engranger les gains. Alors que ce processus s'intensifiait, les Asiatiques accumulèrent de plus en plus d'argent... et une part de plus en plus grande de l'industrie mondiale. En d'autres termes, les dépenses de la classe moyenne américaine ont financé l'ascension de leur plus grand concurrent. Et à présent, le lumpenménage US est dans le pétrin.
* La solution contrarienne évidente était de ne PAS faire ce que les classes moyennes américaines faisaient : ne dépensez pas, épargnez ; n'empruntez pas, prêtez. Ne consommez pas, faites avec ce que vous avez ; n'achetez pas une grande maison loin de votre lieu de travail, louez en une petite à proximité. Ne vivez pas royalement, vivez chichement. N'achetez pas d'actions, achetez de l'or.
* Ces 27 dernières années, toutes ces choses contrariennes n'attiraient pas plus la plupart des gens que des implants capillaires bon marché. Ils se sentaient un peu ridicules, à conduire des voitures usagées... ou à avoir des cuisines à revêtement de sol en lino.
* Mais les modes changent. L'épargne est peut-être sur le point de faire un retour.
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*** La Chronique Agora présente ***
Ceux qui subissent la Chronique Agora depuis longtemps peuvent pousser un soupir de soulagement -- ou s'enfuir encourant, selon leur opinion : il est de retour. Le tout-puissant Mogambo est à nouveau parmi nous. Voyons ce qu'il nous dit...
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UNE BOMBE NUCLEAIRE COMPTABLE TOMBE SUR LES VALEURS BANCAIRES US -- 1ère PARTIE
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Par le Mogambo Guru (*)
Les gens veulent savoir pourquoi la situation est si terriblement bizarre sur les marchés financiers -- et je leur réponds qu'il y a plusieurs raisons à cela, et que toutes ont à voir avec l'avidité. Elles sont également liées au proverbe "il faut battre le fer tant qu'il est chaud", alors que Jim Sinclair de jsmineset.com nous rappelle que "le 15 novembre est le jour où une bombe nucléaire comptable sera lâchée sur les établissements financiers. Cette nouvelle exigence comptable demande la vérité sur la valeur de leurs produits structurés, également connus sous le nom de produits dérivés".
En deux mots, les actifs de "niveau 3" sont les actifs figurant au bilan et n'ayant pas de valeur basée sur l'évaluation du prix faite par le marché libre. Ils n'ont que la valeur qu'on pensait qu'ils auraient à l'origine, telle que calculée par les gars qui les ont imaginés, et en fonction de l'argent versé aux gars qui les ont imaginés.
Le problème, c'est que comme le très célèbre "demain on rase gratis", ils ne valent pas une queue de cerise -- or tout le monde a fini comme innocent propriétaire de zillions de dollars de ces trucs collatéralisés sans la moindre valeur, qu'on appelle en langage courant "des déchets toxiques". Hahahaha !
Peut-être que cela a quelque chose à voir avec John Crudele, du New York Post, qui affirmait prévoir avec confiance que le pire de tous les mondes (du point de vue de la Réserve fédérale, du Congrès US, de l'industrie financière et de tout ceux qui ont une vague compréhension du fait que les banques sont l'épicentre de l'économie toute entière) arrivera l'an prochain -- les bilans des banques nous explosant littéralement à la figure en janvier.
J'aime bien cette expression, "exploser à la figure", qui reflète bien ce qui se passe quand les choses se mettent à aller vraiment mal, et le fait que je ne fasse attention qu'à cette expression est symptomatique de ce que mon cerveau refuse d'accepter la réalité des bilans catastrophiques des banques, ce qui signifie que les chiffres semblent si épouvantables qu'on parle désormais de banques faisant faillite.
Mais quelqu'un va devoir encaisser les coups ; et, comme le dit une chanson de ma province, "il n'y a personne ici, sauf nous autres les poules" -- et nous autres les poules, nous allons devoir payer tous les cas d'avidité, le coût intégral de chaque problème et la totalité des opérations de sauvetage, soit sous la forme d'augmentations d'impôts à verser au gouvernement, soit sous la forme de prix en hausse/rendements en baisse.
Pour un exemple d'avidité, nous avons John F. Wasik, de Bloomberg. Il rapporte que selon une agence gouvernementale US, les grandes huiles de Wall Street et le "secteur des services financiers" -- ce même secteur qui déclare 70% de tous les profits réalisés aux Etats-Unis -- nous ont tous royalement arnaqués, et le Mogambo avait raison une fois de plus : nous devrions nous précipiter sur les gens qui "gèrent" nos plans d'épargne retraite et les serrer à la gorge jusqu'à ce qu'ils nous rendent notre argent.
Enfin, sérieusement : ces misérables nous gratifient d'une gestion de portefeuille si consternante que plus de la moitié d'entre eux -- par la simple nécessité mathématique -- ne font pas aussi bien que les indices sous-jacents. Par ailleurs, tous ont les mêmes performances sur le long terme... ce qui recouvre un tel degré d'incompétence qu'il est stupéfiant de voir qu'on les paie plus que le salaire minimum !
Bon, M. Wasik ne va pas jusqu'à dire ça exactement en ces termes ; il révèle cependant que ces "services financiers" qui demandent rien que 1% de déduction annuelle pour frais de gestion d'un plan de retraite, par exemple, "réduiront votre capital de 17% après 20 ans, et 30% sur 30 ans". Oups !
Cela signifie que près d'un tiers de mon épargne est absorbée par les gens qui font un travail minable en gérant mon argent ; ensuite, un autre bout me sera enlevé sous la forme d'impôts par un gouvernement qui fait un travail minable de gouvernement ? Eh ben ! On est en train de se faire avoir, là !
Les chiffres eux-mêmes sont indiscutables : si je mets un dollar dans le fonds et que les gestionnaires prennent un penny par an -- après 20 ans, 20 cents auront été déduits de ce dollar ! Après 33 ans, ils auront littéralement pris un tiers de ce premier dollar, et en moyenne 17 cents environ pour tous les autres dollars que j'aurai versés !
Nous sommes tous maudits !...
... mais ça pourra attendre la suite demain, quand même.
Le Mogambo Guru
Pour la Chronique Agora
(*) Richard Daughty est associé gérant et directeur d'exploitation pour Smith Consultant Group, qui sert les secteurs financier et médical. Il est également l'auteur de la lettre d'information économique Mogambo Guru, un exercice visant à accumuler les sarcasmes sur ceux qui le méritent largement. Le Mogambo Guru est souvent cité dans le journal Barron's ou dans le Daily Reckoning, l'équivalent américain de la Chronique Agora.
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