
Sauve qui peut
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La Chronique Agora
Paris, France
Lundi 17 Septembre 2007
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*** Problèmes de liquidité...
... ce qui n'entraîne pas nécessairement un problème de solvabilité...
*** Nous ne verrons jamais plus un tel boom de notre vivant
... Ou peut-être que si, en fin de compte...
*** Naufrages d'aujourd'hui, capitaines de demain
Alan Greenspan est de retour...
*** Sauve qui peut
Retour sur l'article de Dan Denning "liquidation totale" du 10 septembre 2007
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Bonjour,
*** PROBLEMES DE LIQUIDITE...
** L'image avait de quoi frapper les esprits au journal de 20 h, en fin de semaine dernière : une file de Britanniques angoissés patientant devant un établissement Northern Rock, afin d'en retirer leur argent.
La banque, spécialiste du prêt hypothécaire, a vu ainsi deux milliards de livres sterling disparaître de ses caisses en un peu plus de 24 heures. Cela faisait suite à une annonce selon laquelle elle aurait de sérieux problèmes de liquidité -- au point que la Banque d'Angleterre a dû intervenir, accordant un prêt d'urgence à Northern Rock.
De quoi frapper les esprits, donc... mais peut-être un peu rapidement ? On apprenait lundi dans La Tribune que selon la Bank of England et Northern Rock elle-même, "Northern Rock est 'solvable, ayant des fonds propres supérieurs eux critères fixés par la loi, et disposant d'un portefeuille de prêts de bonne qualité'."
La Tribune continue : "en clair : la banque basée à Newcastle, dans le nord-est de l'Angleterre, n'est pas exposée au marché américain des prêts immobiliers subprime. Mieux, elle prête d'abord son argent à une clientèle britannique solvable (prime market). Seulement, avec la contraction soudaine du marché du crédit interbancaire, Northern Rock a dû faire face à de sérieux problèmes de liquidité. Mais pas de solvabilité !"
Vraies ou pas, ces données n'ont pas empêché le titre de dégringoler de 30% supplémentaire -- il a perdu plus de 70% depuis le début de l'année.
Nous verrons bien ce que ça donnera par la suite... mais les clients de Northern Rock verront sans doute les dépôts bancaires d'un œil bien plus prudent à l'avenir. Peut-être même que certains d'entre eux ont utilisé les liquidités retirées pour s'acheter quelques onces d'or... et peut-être que cette mode est partie pour durer : le métal jaune a en effet enregistré une belle journée vendredi, grimpant de 10 $ entre le premier et le second fixing ; il a ainsi terminé la semaine à 716 $, contre 704,5 $ la veille au soir.
** Du côté boursier, la journée a été marquée par les nombreuses statistiques économiques en provenance des Etats-Unis. Prenons les choses dans l'ordre : les ventes au détail ont grimpé de 0,3% selon le département du Commerce... mais hors automobiles, elles ont reculé de 0,4% -- alors qu'on attendait des hausses respectives de 0,6% et 0,2%. Malgré cette augmentation des ventes, les stocks des entreprises sont eux aussi en hausse, de 0,5% pour juillet, contre 0,3% attendus.
Le département du Travail US est ensuite entré dans la danse en annonçant le recul des prix à l'importation : -0,3% le mois dernier. La Fed publiait quant à elle les chiffres de la production industrielle, +0,2% contre +0,3% pressentis.
Mais l'indice de confiance du Michigan est venu consoler tout le monde -- le moral du consommateur américain est en hausse, avec 83,8 ce mois-ci contre 83,4 points en août. Spectaculaire...
Les marchés ne s'y sont pas trompés : la journée de vendredi a été franchement médiocre sur les places européennes et américaines. Le CAC 40 a ainsi perdu 0,49%, rejoignant les 5 538,92 points -- tandis que le Footsie, à Londres, chutait de 1,17%. A Francfort, le DAX a baissé de 0,51%.
A New York, le Dow Jones a grimpé d'un petit 0,13%, pour atteindre les 13 442,52 points. Le Nasdaq grappillait 0,04%, terminant la semaine à 2 602,18 points... et le S&P 500 s'est contenté de faire du surplace toute la séance, pour clôturer à 1 484,25 points.
** Le dollar a profité du petit regain de confiance des consommateurs pour grimper lui aussi un peu ; il a clôturé vendredi à 1,3877 pour un euro, contre 1,3903 la veille. Du côté des taux, le rendement du bon du Trésor US à 10 ans s'est détendu d'un point de base, à 4,46%.
Tout cela risque de changer demain, à l'issue de la réunion de la Fed ; reste à savoir dans quel sens les choses vont bouger...
Françoise Garteiser,
Paris
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Les dernières nouvelles de Wall Street
*** NOUS NE VERRONS JAMAIS PLUS UN TEL BOOM DE NOTRE VIVANT
** L'autre jour, un promoteur d'immobilier résidentiel de Vancouver, au Canada -- l'un des derniers marchés les plus brûlants d'Amérique du Nord -- m'a dit qu'on ne verrait plus jamais un tel boom de notre vivant.
- Cette remarque m'a rappelé un souvenir. On était en 1989 -- deux ans après le krach de 1987. C'était mon premier jour en tant que véritable courtier. Durant une pause, l'un des vétérans commença à se rappeler le bon vieux temps, avant le krach. "C'était facile de gagner de l'argent, à l'époque", soupira-t-il. "Mais nous ne verrons plus jamais un tel boom de notre vivant".
- Le vieux trader avait complètement tort, bien entendu. Quelques années plus tard, le Dow fusait au-delà de ses anciens sommets de 1987, et quelques années plus tard, la folie internet/dot.com créait une bulle boursière épique.
- Qu'en est-il de la crise immobilière actuelle ? Va-t-elle se muer en accroc imperceptible sur la tendance historique, valant à peine que l'on en parle... comme cela a été le cas pour le krach de 1987 ? Le vétéran de l'immobilier de Vancouver se trompe-t-il, comme le vieux courtier se trompait ?
- Personne ne peut connaître l'avenir, bien entendu, mais nous pouvons tous voir le passé. Et l'histoire récente des crises financières suggère que les prix de l'immobilier US pourraient grimper dans les quelques années qui viennent, mais uniquement parce que la valeur du dollar va baisser. En d'autres termes, à mesure que le dollar perd de la valeur, les prix des actifs tangibles comme l'immobilier vont grimper. Nous appelons ce phénomène "l'inflation" -- et il ne rend personne plus riche.
- La Réserve fédérale US a signalé son intention d'injecter dans le système monétaire US autant de dollars qu'il en faudra pour "maintenir la liquidité". Personne ne sait vraiment ce qu'est cette "liquidité" exactement, mais comme l'a dit autrefois Potter Stewart, juge de la Cour Suprême, au sujet de la pornographie : "je la reconnais quand j'en vois"... et nous la reconnaîtrons aussi (la liquidité, bien entendu).
- Nous verrons cette liquidité sous forme d'inflation, voire d'hyperinflation. La plupart des Américains considèrent l'inflation comme une augmentation légère -- et inoffensive -- du coût des biens et des services au cours du temps. Le Coca-Cola à 5 cents, par exemple, vaut désormais 1,50 $... et personne ne semble s'en soucier. Il faudrait, pourtant.
- Fondamentalement, l'inflation est une chute générale de la valeur de l'argent. Ludwig von Mises, économiste doté d'une certaine réputation, appelait le point culminant de l'hyperinflation un "boom d'effondrement" -- une chose qui se produit lorsque "les masses se réveillent [...] et se rendent soudain compte que l'inflation est une politique délibérée et qu'elle se poursuivra sans fin. Une crise se produit. Si une chose doit être utilisée comme moyen d'échange, l'opinion publique ne doit pas croire que la quantité de cette chose augmentera au-delà de toute limite".
** Si nous parlons d'une chose aussi grave qu'un boom d'effondrement se produisant aux Etats-Unis -- ou au moins quelque chose d'aussi sérieux qu'une inflation du type de celle qui s'est produite dans les années 70, nous parlons aussi d'une chute sévère de la confiance dans le dollar.
- Et soyons clairs : si un véritable boom d'effondrement se produisait aux Etats-Unis, un cornet de glace en pleine canicule garderait plus longtemps sa valeur qu'un dollar. Selon un tel scénario, le Dow pourrait grimper jusqu'à 30 000 -- voire 300 000 -- mais uniquement parce que le dollar perdrait sa valeur par rapport aux actions... et non à cause des raisons évoquées par les haussiers -- comme la productivité ou les augmentations de revenus.
- Les actifs comme l'or tendent à grimper le plus lorsque les marchés reniflent un boom d'effondrement (curieusement, l'or a atteint un nouveau sommet à un an de 714 $ cette semaine -- à peine 15 $ au-dessous d'un nouveau sommet de 27 ans ! Peut-être que le métal jaune renifle déjà quelque chose de plus précis)...
- Attendez-vous à voir l'inflation continuer pour le dollar... voire à accélérer.
- La Fed réagira à la crise du crédit actuelle par toutes les formes imaginables de "stimulants monétaires" -- ce qui n'est qu'une manière élégante de dire "imprimer des billets". Bernanke est piégé, obligé de se tenir à une politique inflationniste. De la sorte, n'importe quel actif plus sain que le dollar représentera une meilleure position que le dollar -- même une maison.
- Il faudra peut-être quelques années pour que la baisse actuelle de l'immobilier se résorbe. Mais ne vous y trompez pas : ce ralentissement pourrait finir par mener à un boom encore plus considérable... en quelque sorte. Les prix pourraient grimper, mais uniquement parce que les dollars deviennent moins précieux. A mesure que la dévalorisation du dollar se poursuit, les prix en dollars de tous les actifs grimperont... en particulier des actifs comme l'or.
- Et si vous voulez profiter de cette hausse... il suffit de continuer votre lecture.
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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Londres
*** NAUFRAGES D'AUJOURD'HUI, CAPITAINES DE DEMAIN
** Vous rappelez-vous ce que tout le monde ou presque disait lorsque le marché japonais a commencé à tomber en pièces en janvier 1990 ?
* "Ne vous inquiétez pas", disait-on. "Le Japon a l'économie la plus dynamique au monde... ce n'est qu'un recul temporaire".
* Eh bien, c'était il y a 17 ans. Les actions japonaises ont reculé... puis ont continué à reculer durant plus d'une décennie. Ce n'est que récemment qu'elles ont recommencé à grimper... et elles sont encore bien au-dessous du niveau atteint à la fin des années Reagan.
* Et vous rappelez-vous comment les experts et les économistes américains critiquaient les Japonais ? Ils refusent de laisser les grandes banques faire faillite, dirent les critiques... et prolongent ainsi la douleur d'une correction.
* "Nous ne ferions rien d'aussi stupide", semblaient-ils dire.
* Et vous vous rappelez comment nous prédisions que les Etats-Unis suivraient le Japon dans un long ralentissement déflationniste ? Oui ? Eh bien, oubliez ça... nous nous étions trompés, de toute évidence. Ou du moins nous avions sept ans d'avance... parce que nous avons fait cette prédiction en 1999 !
* Tout de même, nous ne nous trompions pas en prédisant que lorsque l'eau commencerait à dépasser le bastingage, les autorités financières anglophones se précipiteraient vers les pompes au moins aussi vite que leurs homologues japonais.
* Nous apprenons que les autorités politiques viennent au secours des grandes banques aussi rapidement que le permettent leurs seaux. Il s'agit du plus gros renflouage de ces cinq dernières années, disent les articles... les grandes banques atteignant en moyenne environ 2,7 milliards de dollars par jour en prêts de la part de la Fed. On dit que ces injections de cash sont "imposées" par la Fed elle-même... plutôt que d'être causées par le désespoir des banques. Tout de même, les récentes estimations mettent les augmentations de la devise américaine à près de 50% annuellement.
** La Banque d'Angleterre avait évité ces renflouages -- jusqu'à jeudi dernier.
* Mark Gilbert nous en dit plus :
* "La Banque d'Angleterre, par contraste, est restée intransigeante : elle ne viendrait pas au secours des marchés monétaires en acceptant des nantissements de mauvaise qualité ou en offrant des liquidités à trois mois. En fait, la Fed et la BCE se sont fait réprimander -- quoique indirectement -- par le gouverneur de la banque centrale de Grande-Bretagne, Mervyn King, pour être venues au secours des banques commerciales".
* "'La provision d'un tel soutien en liquidités mine la valorisation efficace du risque en fournissant une assurance 'ex-post' pour les comportements risqués', déclarait King dans un exemplaire du témoignage qu'il prévoit de donner devant le Comité du Trésor du Parlement britannique le 20 septembre prochain. 'Cela encourage à prendre des risques à l'excès, et sème les germes d'une future crise financière'."
* "Victoria Mortgage Funding Ltd., une société anglaise ayant prêté environ 300 millions de livre en prêts <i>subprime</i> à des emprunteurs britanniques, a été mises sous tutelle cette semaine. Victoria ne pouvait assurer assez de financement pour rester en activité".
* Puis est arrivée la nouvelle selon laquelle les prix des maisons en Grande-Bretagne ont chuté en août -- pour la première fois depuis deux ans. Quasiment en même temps, nous apprenions que la Banque d'Angleterre offrait de soutenir Northern Rock, une source majeure de financements pour les spéculateurs immobiliers britanniques.
* Mais il reste tout de même quelques voix pour parler au nom de la droiture et de la probité. Voici qu'arrive un rusé renard, Alan Greenspan, annonçant qu'il n'approuve pas de tels efforts de sauvetage et s'oppose à une baisse des taux d'urgence !
* S'agit-il la du même Alan "Bulles" Greenspan que celui qui a permis, encouragé et facilité la plus grande bulle de crédit de l'histoire ? Nous n'avons pas vérifié les empreintes digitales, mais nous pensons que c'est bien le même.
* Et tout ça se tient. Notre homme est une canaille, mais pas un idiot. Il voit arriver les problèmes... et il s'en éloigne autant qu'il le peut. Dans la mesure où un véritable secours est probablement impossible à ce stade, il commencera à critiquer les sauveteurs... mettant la faute là où elle ne devrait absolument pas être -- sur les épaules de ses successeurs.
* Bien entendu, les secouristes ne pourront faire qu'empirer la situation -- tout comme ils l'ont fait au Japon... tout comme ils le font à chaque fois. Le capitalisme fonctionne mieux sans renflouage. Les vaisseaux surchargés et pleins de fuites coulent ; les voies maritimes et les ports sont ouverts à de nouveaux bateaux et à de meilleurs capitaines.
* Mais les capitaines de demain ne votent pas, ne font pas de donations pour les campagnes électorales, ne travaillent dans les grandes banques, ne déjeunent pas avec des gouverneurs de la Fed. Ce sont les capitaines d'aujourd'hui qui obtiennent les faveurs et l'argent -- qu'ils parlent japonais... ou toute autre langue.
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*** La Chronique Agora présente ***
Après les lecteurs, c'est au tour de l'un de nos rédacteurs de réagir à la proposition de "liquidation totale" offerte par Dan Denning il y a quelques jours de ça. Et Léo n'est pas du tout -- mais alors pas du tout de l'avis de Dan, ni sur le fond, ni sur la forme. Continuez votre lecture...
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SAUVE QUI PEUT
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Il y a une semaine, j'ai lu dans La Chronique Agoraun intéressant article de Dan Denning. Intéressant par son côté archétypal : on voit là combien les émotions, même chez un professionnel, peuvent aisément prendre le pas sur la réflexion. Quitte à chercher après coup les justifications rationnelles de son sentiment (irrationnel). Certes, l'intuition est une excellente chose. C'est ce qui aide les meilleurs traders à triompher. Néanmoins, la maîtrise de soi est encore plus nécessaire. L'émotion n'est pas une bonne conseillère en Bourse...
Résumons : Dan Denning suggère à ses lecteurs "de liquider toutes leurs positions boursières et d'opter pour les liquidités". Visiblement gêné par cette opinion abrupte, il s'excuse presque de ce conseil, qu'il craint être "d'une stupidité monumentale". Pourtant, toutes les opinions ont le droit de cité. Ce n'est évidemment pas le fait que Dan passe baissier qui me gène, mais la manière dont il le fait.
Primo, les marchés sont les marchés ; à tout moment il y a des idées de trading intéressantes, et redevenir à 100% liquide n'a pas pour moi beaucoup de sens. Si Dan pense que les marchés vont chuter, alors autant se mettre à vendre à découvert (en prenant les précautions qui s'imposent, dont nous avons parlé dans l'un des précédents billets). Mais juste devenir liquide, pour un investisseur américain, c'est en somme investir 100% de son capital sur le dollar. Ce qui n'est peut-être pas la meilleure chose à faire actuellement.
Secundo, même si la baisse est avérée et semble bien partie (ce dont plusieurs ont d'ailleurs déjà bien tiré parti), nul ne peut prédire néanmoins si elle va continuer et jusqu'où. A tout moment, le marché peut nous offrir un rebond, et personnellement jamais, au grand jamais, je ne sors du marché parce que mon intuition, ou mes peurs, ou mon angoisse me le commandent. Au contraire, les stops que je mets à toutes mes positions sont là pour me protéger contre toute éventualité, et donc je laisse les positions courir jusqu'à ce que les stops (qui bougent de temps en temps) se déclenchent. Ainsi, le dilemme de Dan Denning, je ne le connais pas. Je n'ai pas la prétention de deviner ce que le marché fera. La meilleure approche me semble celle qui laisse le marché décider seul de la suite à donner, et je laisse humblement le soin au marché de soit porter mes positions sur la vague, soit les fermer.
Ce qui me gêne aussi dans l'approche de Dan, c'est l'évident biais haussier qu'il a adopté (ce qui n'est pas étonnant de la part de l'auteur d'un livre intitulé The Bull Hunter). Or, ce n'est pas parce que le marché est en moyenne haussier historiquement, que la hausse serait la seule chose à jouer, ou que sortir totalement du marché (comme le suggère Dan en ce moment) serait forcément idiot. L'autre biais de notre collègue, c'est le biais "américain" : à lire Dan Denning entre les lignes, il n'y a rien en dehors des Etats-Unis et la crise américaine prend aussitôt une dimension volontiers tragique dans son article, alors que le monde en a connu d'autres, et les Etats-Unis aussi ne font plus la pluie et le beau temps autant qu'autrefois.
Certaines des affirmations de Dan Denning paraissent bien péremptoires : "rien ne vaut la peine d'être acheté, ni même détenu, avec le niveau de risque et la volatilité actuels. Les actions ne vont pas remonter de 30% à partir de maintenant. Vous pourriez donc racheter en décembre au même prix, ou à peu près". Et pourquoi donc ? Ce n'est pas parce que la baisse s'est installée que les actions ne peuvent tout à coup se mettre à grimper. Le marché est justement volatile et parfois pervers, et bien malin est celui qui pense prédire son comportement à coup sûr. La bonne attitude me semble être : "le marché est baissier ; je joue à la baisse ; mais je suis prêt à tout instant que le marché change de direction, et suis prêt à toute éventualité, même à celle d'une hausse de 30% en rien de temps, car le marché peut faire à peu près n'importe quoi et il a toujours raison".
Enfin, Dan avoue être à tel point angoissé pour la première fois depuis ses dix années de carrière. C'est que notre collègue n'a donc pas connu la crise de 1987 (ni a fortiori celle de 1929), et ne doit pas trop se souvenir de la crise asiatique (1997) ou de celle de LTCM (1998). Avec un peu de recul, cette récente crise de subprime qui l'a tant impressionné est du pipi de chat. En 1998, le monde est passé à deux doigts d'une catastrophe financière majeure (nous en parlerons dans l'un des prochains billets), et même la défaillance de quelques hedge funds qu'on constate aujourd'hui ne peut être comparée à l'énormité de l'iceberg qu'on a frôlé alors.
Le marché est ainsi fait que des milliers et même des millions d'investisseurs peuvent s'exagérer la portée d'une information, s'enticher d'un concept vide de sens, se passionner pour une broutille, se souvenir soudainement d'une information qu'on connaissait depuis belle lurette (comme l'état du marché hypothécaire aux Etats-Unis, dont les professionnels parlent depuis cinq ans), et faire bouger les cours dans un sens ou dans un autre de manière déraisonnée, exagérée, émotionnelle. C'est comme ça, et c'est de ce genre d'emportements qu'on peut tirer profit. Un analyste ou un investisseur sérieux devrait apprendre à dépasser le tumulte quotidien et à sortir de l'agitation, pour que son regard soit lucide et perspicace. Et quand la fatigue domine, quand l'angoisse vous étreint, quand l'inquiétude sème la panique dans l'esprit de l'investisseur, alors le bon conseil qu'on peut lui donner, c'est de ne pas liquider ses positions, mais de resserrer les stops (en laissant le soin au marché de décider du destin des positions en cours), de s'interdire de regarder la télé et les journaux, de se déconnecter de l'internet, d'aller à la mer ou à la montagne, de réfléchir sur sa vie et de s'imprégner de la sérénité de la nature. Alors, un verre de cognac à la main et aux accords de piano, avec en arrière-fond le cri des goélands qui se perd au loin dans l'azur, on retrouve le calme et la sérénité, indispensables pour investir efficacement et sans stress inutile.
Savoir prendre une pause (de quelques jours ou... plusieurs mois), c'est peut-être ce qui constitue la défense des meilleurs traders, qui protègent ainsi leur capital au lieu de le perdre sous la pression du stress et de l'angoisse. C'est peut-être cela que devrait faire notre collègue australien, sinon l'émotion le submergera.
Du reste, tout cela a déjà été décrit il y a deux mille ans, par Lucrèce, dans son célèbre passage Suave mari magno, du poème De natura rerum. Je vais donc vous offrir aujourd'hui pour la fin une longue mais incontournable citation, qui en dit plus sur la Bourse que bien des ouvrages spécialisés publiés depuis.
"Il est doux, quand la vaste mer est soulevée par les vents, d'assister du rivage à la détresse d'autrui ; non qu'on trouve si grand plaisir à regarder souffrir ; mais on se plaît à voir quels maux vous épargnent. Il est doux aussi d'assister aux grandes luttes de la guerre, de suivre les batailles rangées dans les plaines, sans prendre sa part du danger. Mais la plus grande douceur est d'occuper les hauts lieux fortifiés par la pensée des sages, ces régions sereines d'où s'aperçoit au loin le reste des hommes, qui errent ça et là en cherchant au hasard le chemin de la vie, qui luttent de génie ou se disputent la gloire de la naissance, qui s'épuisent en efforts de jour et de nuit pour s'élever au faîte des richesses ou s'emparer du pouvoir".
"O misérables esprits des hommes, ô cœurs aveugles! Dans quelles ténèbres, parmi quels dangers, se consume ce peu d'instants qu'est la vie! Comment ne pas entendre le cri de la nature, qui ne réclame rien d'autre qu'un corps exempt de douleur, un esprit heureux, libre d'inquiétude et de crainte ?"
Meilleures salutations,
Léo Golovine
Pour la Chronique Agora
(*) Investisseur de talent, Léo Golovine est trader depuis 14 ans. Au fil des années, il a élaboré une méthode fondée sur une approche méthodique et rigoureuse de l'analyse technique. Les résultats sont là, puisque son système de sélection surperforme largement les marchés depuis 2002 -- grâce notamment à une approche inédite de suivi de tendance et de gestion des positions.
NDLR : Vous n'avez pas fini d'entendre parler de Léo : après une phase de test couronnée de succès, son nouveau service, Turbos Trader, sera officiellement inauguré dès la fin du mois de septembre. Restez à l'écoute...
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(c) Les Publications Agora France, 2002-2007
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Nota bene : reproduction partielle ou totale de la présente Chronique STRICTEMENT INTERDITE sans accord écrit de la société éditrice.
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